jeudi 14 septembre 2006

Adultères


Chaque drogué de Woody Allen attend l'automne avec impatience, régulier tel un métronome le réalisateur new-yorkais ne manque jamais de livrer sa production annuelle. Et cette année le successeur de Match Point est arrivé plus tôt que prévu. Si Scoop (toujours avec ses nouvelles égérie Scarlett Johannson et Londres, prévu dans deux mois) n'est pas encore sur nos écrans, son théâtre débarque sur nos planches avec trois oeuvres pour le prix d'une ! Une overdose bonne pour la santé en perspective!

Le théâtre de l'Atelier héberge juqu'au mois d'octobre Adultères, trois pièces désopilantes réunies en un acte, qui comme le titre et l'auteur l'indiquent, parle de liaisons extra-conjugales et des couples de la grosse pomme. Un vrai délice dans le texte comme dans les comédiens enthousiastes toujours aussi frais et dispos alors qu'ils interprètent leur dernière pièce et incarnent pas moins de leur troisième personnage! Et une fois dans la salle, il ne faut pas quitter des yeux le surprenant Xavier Gallais tantôt clochard, tantôt écrivain raté et maniaco-dépréssif pour finir en beauf naïf. Sur ses épaules et celle de la blonde Pascale Arbillot reposent la passion de ses trois comédies.
Au départ, j'étais étonnée par l'horaire : 1ère partie à 19h-20h10, entracte pour ne reprendre qu'à 21h jusqu'à 23h30 mais après avoir vu l'ensemble des comédies, je trouve le choix plus que judicieux. Un intermède parfait pour avaler le couscous de le brasserie d'à coté ! Avis aux amateurs (ou -rices!).
Le rideau se lève sur Riverside Drive, la plus sombre et fantastique du trio. Sur les bords de l'Hudson, sur fond de brouillard, un père de famille respectable et réalisateur renommé attend avec inquiétude sa maîtresse pour lui annoncer leur rupture. Or, le rendez-vous galant ne se déroule pas du tout comme prévu. La maîtresse menace de révéler leur liaison à sa femme s'il ne lui donne pas de l'argent, tandis qu'un SDF cinglé l'accuse de lui avoir volé l'idée de son dernier scénario et prétend recevoir des visions des étoiles et de la planète Xénon lorsque ce n'est pas des machines Xerox. Bien que ce soit la pièce la plus ancienne de la triolgie, ayant été écrite en 1996, de par son ton c'est celle qui se rapproche la plus de Match Point, même noirceur et même enjeu final. Mais la patte Woody est bien là. Ainsi le héros déboussolé de confesser :"Je suis allé voir un psy pour tenter d'y voir plus clair. Il m'a conseillé de quitter ma maîtresse et de dire la vérité à ma femme alors j'ai viré le psy!".
Après la pause vient Central Park West, un petit bijou, du Woody grand cru, qui nous dévoile toutes ses obsessions... Franchement rien que pour cette pièce, il faut aller voir Adultères! Que de rebondissements chez les Riggs où le cabinet prestigieux de Madame, psychanalyste de renom est sans dessous dessus: dans la bagarre, une statue égyptienne a même perdu son pénis et la tête! Arrivent leurs meilleurs amis. Autant de couples qui découvrent qu'ils se sont tous trompés les uns les autres. Phillis annonce à sa meilleure amie, Carol, que son mari la quitte pour une autre ; Carol, qui entretient une liaison avec ce dernier depuis trois ans, est persuadée que c'est avec elle qu'il projette de partir pour Londres...
La conclusion vient en douceur avec Old Saybrook. Dans cette charmante villa coloniale du Connecticut, Sheila et Norman ont invité à un barbecue David et Jenny, la soeur de Sheila. La découverte d'un journal intime et l'arrivée des anciens proprios vont libérer les fantasmes. Les réparties sont endiablées et le numéro du fan de Tiger Woods laisse pantois. Son QI proche de 0 laisse à bout de souffle tellement on rit. Cependant, j'étais contente qu'elle ne fasse que 40 minutes car je n'ai pas été convaincue par la mise en abyme de l'écrivain en panne d'inspiration et de ses personnages en révolte... Mention spéciale à XG pour avoir incorporé dans le texte l'orage qui s'abbatait sur Paris qui a failli faire pouffer de rire sa partenaire pendant que sous le tonnerre innatendu, nous applaudissions l'impro!


Adultères, de Woody Allen. Traduction : Jean-Pierre Richard. Mise en scène : Benoît Lavigne. Avec Pierre Cassignard, Xavier Gallais, Valérie Karsenti... Théâtre de l'Atelier (01.46.06.49.24). Adultères est publié aux Editions 10-18.
Pour lire l'interview de Woody Allen toujours aussi facétieux, c'est dans le Figaro Magazine.

1 commentaire:

Albireo a dit…

Les impros sont toujours savoureuses au théâtre, quand elles sont réussies. ;-) J'avais ainsi pu assister cet été aux déboires d'un des acteurs du Barbier de Séville, qui avait fait craquer une chaise en s'asseyant un peu brutalement dessus, son partenaire enchaînant un commentaire ironique et prolongeant son texte pour donner le change à son camarade plié en deux sur son fauteuil et le visage dissimulé pour masquer son fou rire. Grand moment, parfaitement maîtrisé qui plus est. ^^

Très jolie critique qui donne bien envie d'aller voir la/les pièce(s).