jeudi 26 avril 2007

Off subject : lorsque le play-back se fait divin (et pour une bonne cause!)

Comme le récit asiatique s'annonce de longue haleine, peut-être faut il s'autoriser de temps en temps un peu de variété surtout quand celle-ci est délicieuse.

Que se passe-t-il quand des stars du petit et grand écrans, des comiques ou des sportifs acclamés se réunissent pour une bonne cause -en l'occurence aider des enfants souffrant de pauvreté aux Etats-Unis et en Afrique-?

Et bien les Bee Gees revisités comme vous ne les aviez jamais vus!



Participaient à cette vidéo qui a été diffusée au cours de la spéciale charité d'American Idol (la Nouvelle Star originelle version US qui établit des records d'audience sur Fox), qui a récolté plus de trente millions de dollars: Gwyneth Paltrow, Keira Knightley, Sarah Michelle Gellar (Buffy, yay!), Hugh Grant qui n'arien perdu de ses dons de danseurs démontrés dans Love actually et le Come Back, Teri Hatcher, Kevin Bacon, Hugh Laurie (l'admirable, l'insupportable, le formidable, le talentueux Dr House -excusez-moi du peu mais je suis toujours sous le choc de Three Stories, l'avant dernier épisode de la saison 1, Colin Firth a un sérieux concurrent!-), Dr. Phil, Ryan Seacrest (le présentateur d'American Idol), Helen Mirren (The Queen!), Marc Anthony, Blue Man Group, Chris Kattan, Lisa Kudrow (Friends,yay!), Jason Biggs, Eric McCormack, Goldie Hawn, Michael Buble, Good Charlotte, Kirstie Alley, Rob Lowe, Emily Blunt, Rob Schneider, David Schwimmer (Friends,yay!), , Miss Piggy (meilleure invité!), Twiggy, Parminder Nagra (Urgences, Joue la comme Beckam), Lebron James, Shaquille O’Neal, Gillian Anderson (X-Files yay et dire que le deuxième film est enfin en route ^____^) and Helena Bonham Carter!

Chapeau bas à Piggy charmante et séduisante en diable, aux retrouvailles friendslesque de Kurdrow et Schwimmer hilarantes, au regard pénétrant de la future Bellatrix Lestrange et aux deux Hugh (Laurie et Grant) qui m'ont pratiquement fait tomber de ma chaise !
Le clip et bien d'autres sont téléchargeables sur Itunes, les recettes complèteront les 30 millions de dollards de la nuit passée dont l'autre moment fort fut un duo posthume entre Céline Dion et le King Presley himself !

dimanche 1 avril 2007

C'est un roc, c'est un pic, non c'est Cyrano de Bergerac...

J'profite de la cérémonie des Molières, qui a lieu ce soir, pour rattrapper quelques entrées théâtrales, d'autant plus qu'ici il me faut parler du favori : Cyrano de Bergerac, analysé par Denis Podalydès sur les planches de la Comédie Française, excusez du peu !

Pourtant ma réaction originelle fut de traîner les pieds, la faute à de gros à priori (merci à mon conseiller théâtral de m'avoir mis le pied à l'étrier avec tant de conviction!). Etrangement, je ne suis pas une grande fanatique de l'oeuvre d'Edmond Rostand, très bien écrite mais qui ne m'a pas piqué au coeur même si comme beaucoup de collégiens, j'ai appris avec application amusée la tirade du nez. En outre, le film, qui a définitivement transporté au nirvana le nez de Depardieu, m'avait plutôt effrayé (au même titre que Tous les Matins du Monde et le Hussard sur le Toit); j'avais du mal à croire qu'un acteur pourrait faire oublier sa performance.
Des préjugés balayés lorsque le Gascond est entré sur scène sous les traits de Michel Vuillermoz. Non seulement, il a un tarin, qui aurait pu rendre envieuse Cléopâtre, elle-même, mais surtout il déploie un enthousiasme sidérant : prêt à un duel pour un vers mal déclamé, meneur d'hommes indiscutable comme discoureur éloquent, émouvant dans sa passion inébranlable pour Roxanne, il danse sur scène, virevolte et donne vie à des pans de la littérature française avec un naturel déconcertant (dans l'Avare, Bouquet plaidait la folie de Harpagon).
Au départ, le spectateur est désarçonné par tant de vivacité surtout que la mise en scène inaugure le 1er acte de manière brouillon et fantaisiste, assez pour que je me sois crue un instant au cinéma et dans la mauvaise salle !
Alors que la représentation de La Clorise, pièce de théâtre qui ouvre Cyrano de Bergerac, est souvent passée par perte et trépas, Podalydès la magnifie par une double mise en abîme, qui célèbre le théâtre comme la Comédie française. Sur un écran, on apperçoit les sociétaires les plus distingués passés et présents comme Jean-Claude Druot et Geneviève Casil. La caméra se détourne de temps en temps pour suivre les récation d'un public imaginaire ou le malheureux acteur principal dénué de tout talent tandis que la scène est encombrée d'échaffaudage, d'une loge, de rideaux rouges et d'une scène sur laquelle Cyrano surgit, bondissant, interrompant la malotru et faisant la preuve de son éloquence.
Mise à part cette fantaisie, un peu étrange et anachronique, Podalydès est dans une forme éblouissante et s'appuie avec élégance sur la débauche de moyens du Français, qui n'a pas lésiné pour cette première reprise de la pièce en 30 ans. La cuisine de Ragueneau semble sortie des Temps Modernes de Chaplin, en trappe et rails où l'on se bat à coup de poulet plumé. Les étagères où reposent les casseroles rutilantes descendent du ciel. le fameux balcon de Roxane devient pretexte à une nuit onirique où la belle virevolte dans le ciel en écoutant le pâle Christian. Le moment d'éblouissement est laissé au 4ème acte, lorsque les hommes de Cyrano, dont le malheureux Christian devenu mari, éphémère, de Roxanne, sont au front. Toutes les époques se bousculent alors: dans le texte la guerre de trente ans, dans les costumes et les blés teintés de coquelicots, la première guerre mondiale (ah l'intéréssante combinaison d'aviatrice de Roxanne!) et sur scène, ces naufragés de la violence se serrent les coudent sur une tranché, copie du radeau de la méduse...même pourvu d'un petit casier à homard !
Et devant tant de souffle, j'en étais déçue de voir arriver aussi vite le dernier acte d'une pièce, qui m'a fait redécouvrir le roman, surtout le personnage de Roxanne. Dans mon esprit, elle demeurait assez naïve et infantile mais à la Comédie Française, je l'ai découverte précieuse quasiment ridicule (cela saute aux yeux dans la scène du salon), aimant plus la grande passion que les hommes qui la lui portent. Christian ne lui plaît que parce que sous la plume et le verbe de Cyrano, il est un beau parleur flamboyant. Et lorsque celui-ci se lasse de cet éblouissement rhétorique pour tomber vraiment amoureu de la belle et de ses qualités et non plus de leur amour courtois de pacotille et surjoué, elle le repousse... Balancant dans les airs, on découvre ainsi une petite fée clochette capricieuse, un brin superficielle, enfoncant en totale ignorance des dagues dans le coeur du bien brave Cyrano auquel je ne souhaite ce soir que de ramener plein de petits Molières, bien mérités!
Cyrano de Bergerac d'Edmond Rostand
Mise en scène : Denis Podalydès, avec Michel Vuillermoz, Eric Ruf, Françoise Gillard ...
Comédie-Française, salle RichelieuPlace Colette - Paris 1erM° Palais-Royal
(cette entrée sera ensuite antidatée au 1er avril date de la sortie en question!)

dimanche 18 février 2007

Intermède : a tale of two cities, Phnom Pehn et ses environs

Maisons sur pilotis et son tapis de jacinthes d'eau, moyen primaire d'un premier filtrage de l'eau surplombant le pont qui donne accès à la route en "dur". Un des plus jolis paysages ruraux apperçus en Asie avec Sapa au Vietnam.
Le lent trajet du retour fut le bienvenu, une transition en douceur vers l'agitation et le mouvement de la civilisation citadine, pour mettre à part ce que nous avions vu. Bien que l'on soit seulement à une quinzaine de kilomètres de la capitale, la campagne n'avait pas dit son dernier.




Sur la route de sable (presque encore une piste), qui soulevait des nuages de poussière nécéssitant des fenêtres bien fermées, les 'piétons' qui donnaient le plus de fil à retordre étaient les'buffles' aux os saillants. A côté, les écoliers, bien sages dans leurs uniformes à la chemise blanche et pantalon/jupe bleu marine parfois sur leurs bicyclettes, demeuraient fort prudent. Nous avons passé quelques établissements scolaires aux grilles jaune et verte à la peinture écaillée. Pour supporter au mieux la chaleur, l'école commence à l'aube 7h/7h30 pour que la pause midi corresponde aux heures chaudes 11h/14h. Quelques téméraires jouaient dans la cours, la plupart rentraient chez eux tandis que tous les volets des salles de classe étaient clôs. Autre signe familier sur notre parcours mais difficile à capturer furent les enseignes des partis politiques. Bleu à peinture blanche clamant en khmer et anglais "Cambodian People's Party/Parti du peuple cambodgien et plus rarement les formations politiques de l'opposition comme le Partide Sam Rainsy. Un panneau tous les vingts mètres, un rhytme impréssionant quand la vue d'une permanence à Paris n'est pas chose donnée à tous les coins de rue et que les mats républicains ont disparu mais ici une occurence normale. Prouver son militantisme est plus que bien vu, c'est même grandement encouragé.

On se rend très vite compte lorsqu'on se rapproche de Phnom Penh, l'odeur change... La pesanteur et l'iratibilité de la terre sèche laisse place aux effluves d'égoût et de carburants puis les premières barraques en bois ou en béton grossier font leur apparition, les uns agglutinés contre les autres et dépassant peu un premier étage. Légumes, taule jonchent le sol en attendant des acheteurs. Ce qui reste de vert ne sont plus des rizières mais des champs de liseron que les eaux chaudes et pollués de la capitale, ont fait proliférer et qui servira à l'élevage et est vendu à la botte.

Phnom Pehn est une petite capitale à l'aune des échelles de grandeur asiatique, juste deux petits millions d'habitants, mais cela contribue grandement à son charme et constitue une bonne initiation aux règles de vie urbaine du continent.

Arrivées le jour du Nouvel An chinois (fête du Têt au Vietnam), nous avons croisé quelques chars semblables à celui-ci. Ces véhicules et leurs occupants, qui bravent la circulation infernale et revêtent les couleurs et peaux du cracheur de feu, honorent la coutûme chinoise, réservée aux plus aisés, qui fait danser le dragon, afin d'apporter prospérité à la maisonnée.
L'importante communauté chinoise du Cambodge, près de 440 000 individus pour 13 millions d'habitants, assure 90% du commerce du pays et bénéficie de conditions de vie souvent moins rudes .

Vous pensiez que la circulation parisienne était infernale entre couloirs de bus et sens interdits mouvants et bien reconsidérez!
A Phnom Pehn, l'embouteillage est la norme de 9h30 à 22h. Les rues portent un flux inintérrompu de vélos, motos couvertes de passagers (les conducteurs les plus audacieux casent sans souci quatre acolytes !), touk-touk , étrange attelage où moto tire une cariole- camion aux galeries surmontées de squatteur mais encore peu de voitures -biens de luxe-.
L'équivalent de notre Arc de Triomphe avec la Tombe du Soldat inconnu (?)
Un joyeux bazar qui se déplace dans une innocence encore non pervertie des complications du Code Rousseau. Très peu de feux tricolores et de panneaux de circulation, et encore moins de passage piétons ou de motards avec casques -même chez les expats! . Pour traverser, peu d'options: l'attroupement ou les jambes à son cou, faudrait quand même pas penser que face aux motorisés, vous bénéficiez de quelques droits que ce soit!
La nuit, la tâche se complique avec la parcimonie de l'éclairage publique -Jack l'Eventreur aurait apprécié l'ambiance obscure de certaines rues- et de trotoirs sauvages et défoncés. Avec le déambulateur, c'était tous les jours rally! 'Fin moralité, c'est peut-être là-bas que je devrais passer mon permis !
A gauche les berges du Tonlé Sap, "rivière d'eau douce", un affluent du Mékong, et lieu de rendez-vous des amoureux. Admirez également l'armée des deux roues!
Outre la violence de la circulation, ce qui frappe c'est la pollution. Une chappe moîte enveloppe la celle, qui fut dénommée autrefois la perle de l'Asie. Le soir, les trotoirs sont recouverts des détritus, papiers gras, pailles, fruits écrasés des térasses des restos. D'ailleurs, l'eau des robinets n'est pas potable. Une contrainte à laquelle le touriste peut remédier mais l'habitant a-t-il les moyens d'enrichir le chiffre d'affaires de multinationales comme Nestlé ou Pepsi, qui écoulent des milliers de petites bouteilles de La vie ou Aquafina ?
Les fiancés les plus romantiques de Phnom Pehn, l'éléphant et son cornac. Ce sont des célébrités des bords du Tonlé Sap, ils s'y promènent tous les jours et c'est étonnant de voir comment la circulation éffrénée laisse de marbre le pachyderme! Chapeau! (et moi je n'aurai jamais vu un ami de Jumbo de si près ^___^)
Architecture coloniale probablement la poste (à vérifier quand même car j'écoutais d'une oreille distraite!).
Autre élément dépaysant, la numérotation des rues. Point de noms éxotiques à vous faire tourner la tête, juste une logique mathématique, rue 3, rue 45 etc...une logique mathématique atténuée par l'humilité de la ville, encore épargnées par les buildings ou les tours. Juste des immeubles d'une poignée d'étages. Les souvenirs de la colonisation sont encore là. Les vieilles villas à la française sont devenues un refuge de la spéculation immobilière, une coquêterie distinguée sans compter que ces mignonnes se trouvent dans le quartier des diplômates et des ONG !
Notre découverte de la capitale s'est achevé sur une ronde autour du stupa de la fondatrice de Phnom Pehn, Daun Pehn (grand-mère Pehn), une riche veuve, qui contrinua peut-être à l'édification, au quatorzième siècle, du temple de la colline (Wat Phnom), qui abrite cinq statues de Boudha Pour accéder au mausolée, il faut escalader une volée de marches à flanc de colline mais nos petits peids n'en avaient plus la force alors nous avons choisi la facilité : le tour de voiture. A noter, la première apparition du Nâga, ce serpent mythologique à sept têtes !



Un aperçu de notre étape suivante, le musée national de Phnom Pehn et son magnifique jardin...Cela arrivera un peu de chance avant le mois prochain (déjà que j'imaginais cette deuxième entrée relativement concise!). J'en profite d'ailleurs remercier tous mes gentils lecteurs. Merci de votre patience et enthousiasme !



Phnom Pehn 1/2 : Tuol Sleng (S21) et Choeung Ek, sur les traces du génocide des Khmers Rouges.

Les premiers pas, les premières lignes d'une dissertation sont les plus difficiles. Sans doute, est-ce pour cela que c'est aussi tardivement que je me lance dans cette entreprise hasardeuse qu'est ce carnet de voyage asiatique, qui risque de m'occuper plusieurs semaines, à supposer qu'il échappe à l'abandon comme jadis ma collection de timbres ou de fèves... ou que vous me suppliez de changer de registre après une dizaine de posts sur le même sujet. Cette première entrée est d'autant plus lourde à rédiger -et j'ai beaucoup hésité à l'écrire, comment n'être pas complaisant à l'égard de la violence et comment trouver les Mots?- que notre visite introductrice fut le Musée du génocide Tuol Sleng, l'ancienne prison, lieu de détention, d'interrogation, de torture et d'exécution, des Khmers rouges, S21 (Sécurité 21).
Ma mère et moi tenions à accomplir cette étape. Le voyage entrepris en Pologne avait soulevé beaucoup de questions relatives à la transmission de la mémoire de la Shoah et des autres génocides qui ont entaché le XXème siècle alors que les témoins de ces événements disparaissent. Comment transmettre leur mémoire aux générations suivantes pour qu'ils ne soient pas oubliés ? Pour que les engrenages ayant mené à ces bains de sang et de cruauté soient disséqués et jugés ? Tuol Sleng fut également le point de départ de cette marche à travers le Cambodge et le Vietnam. Ma mère a, en effet, fait partie du groupe de travail, qui a aidé Rithy Panh à créer son Centre Bophana de Ressources Audiovisuelles du Cambodge, inauguré le 4 décembre dernier (date originelle de notre voyage) et qui permet aux Cambodgiens de consulter les archives collectées sur leur pays sous forme vidéo, audio ou photographique.

Cette matinée passée à déambuler dans les bâtiments de cet ancien lycée fut particulièrement éprouvante, outre la dureté des lieux, chaque pièce évoquait/invitait les souvenirs de Pologne.
L'entrée de Tuol Sleng, vue de l'intérieur.
Même la nature n'a pas, semble-t-il, voulu alléger l'atmosphère sinistre qui pèse sur cette ancienne prison. Tuol Sleng a une double signification menaçante : la Colline empoisonnée (des plantes vénéneuses entrant dans la composition des poisons y poussaient, je crois) et la Colline de ceux qui connaissent leur culpabilité. Tuol Sleng a fonctionné dès l'entrée des Khmers Rouges dans Phnom Penh et l'évacuation générale et forcée de ses habitants qui s'en est suivie le 17 avril 1975. Il fut interdit aux non -abilités de pénétrer dans le quartier et les blocs de maison voisins du lycée, qui deviennent une enceinte extérieure de la prison, comme elle recouverts de barbelés.
Contrairement aux Nazis, les Khmers Rouges n'ont pas eu le souci de la mascarade de leurs actions, ni la logique implacable et les pseudos justifications scientifiques aux fondements racistes. Dans les camps en Pologne, ce qui prenait à la gorge, c'était cette obsession de l'ordre, l'industrialisation de la mort et la volonté de dépersonnaliser et déculpabiliser les officiers, qui ne tuaient plus directement en appuyant sur la gachette une fois la Solution finale mise en marche à Wannsee en 42. Ici, c'est une violence anarchique qui paralyse. Deux stratégies différentes mais aussi cruelles et sanglantes. De nombreux prisonniers ont été conduits à Tuol Sleng parce qu'un membre de leur famille y était déjà retenu ce qui imposait une éradication systématique de la famille. Le port de lunettes étaient souvent synonymes de condamnation à mort car considéré même chez les enfants comme la marque des intellectuels. Arrestation automatique dès que l'on passait pour un mauvais élément, un soupçon d'individualisme suffisait.

Ainsi parmi les 17.000 victimes de Tuol Sleng et les 1,2 à 1,7 millions de Cambodgiens tués (un habitant sur cinq), figurent souvent des soldats déserteurs ou d’anciens membres et cadres des Khmers Rouges considérés comme ‘déviants’, une charge à la définition extrêmement large, et plusieurs gardiens de la prison. Des adolescents de 10 à 15 ans, sans famille, endoctrinés par leurs aînés et supérieurs, qu'ils dépassaient souvent en violence et imagination des moyens de tortures. Parce qu'ils avaient, par exemple, faim et dérobaient des rations, ils ont connu le même sort que leurs captifs. A Tuol Sleng, donc, pas de destruction des bâtiments et des preuves, pas de fausses apparences (comme les douches), pas d'organisation méticuleuse et mathématico scientifiques (à l'image de la symétrie terrifiante de Birkenau), la violence directement.
Bâtiments des cellules. Au rez de chaussée, les cellules d'isolement en mur de briques.
Dans les salles de classe du rez-de-chaussée, les pièces de la torture, les lits et les chaînes rouillées ainsi que les jerricanes pour faire les besoins sont restés. Le carrelage est toujours maculé de tâches sombres et par moment on a même l'impression qu'une odeur particulière plane encore. Quand on pénètre dans les grandes salles, on débouche sur des galeries de photographies des prisonniers prises à leur admission et à leur mort (rien n'est dissimulé des mutilations). Rien que ce portrait constituait un acte de torture initiale. Le détenu étant maintenu droit par une espèce de corset électrifié. Aux murs des peintures de Vann Nath, peintre prisonnier et un des sept survivants de S21 ayant travaillé de manière forcée pour les dirigeants Khmers rouges, qui retranscrit les scènes de torture dont il fut le témoin. Dans la cour, même ton cru, potence et vases étouffants n'ont pas bougé.

En face, on débouche dans les cellules. Au rez-de-chaussée les cloisons ont été abattues pour que les surveillants traversent sans encombre les pièces divisées en une myriade de petits rectangles de brique de 1,5 m3 où 'vivaient' les prisonniers dépouillés de tous leurs effets personnels hormis leurs sous-vêtements de peur qu'ils se suicident. Les occupants des cellules de brique étaient enchaînés au mur mais les détenus des étages supérieurs avaient leurs chevilles attachées à une longue barre de fer en rang d’ognons, ce qui rendait tout repos difficile.

Nos pas, avec l'aide d'une voiture, nous ont ensuite portées à Choeung Ek (les Killing fields) à quinze kilomètres de la capitale où avaient lieu les exécutions des prisonniers, rarement tués par armes à feu, les balles étant trop précieuses. Tout est livré dans sa brutalité: le rôle assassin que chaque arbre, chaque branche de bambou ont joué, l'emplacement de chaque entrepôts où étaient bâillonnés et maintenus dans le noir, les condamnés.

Stupa (mausolée) de Choeung Ek construit en 1988. Des moines prient et viennent régulièrement maintenir les urnes d'encens afin d'apaiser l'âme en colère des disparus.
Pèsent également, les non-dits. Le deuil est délicat. Non seulement les traumatismes remontent à une trentaine d’année à peine mais de fortes chances existent que les Cambodgiens n'aient pas leur Nuremberg, la majorité des dirigeants Khmers et camarades de Pol Pot sont morts de vieillesse à l'image de leur chef, peu inquiétés. Tout n'est que pointillé, nos guides n'ont jamais fait directement allusion à l'impact des années khmers dans leur jeunesse et enfance, mais les souffrances de cette époque sont là : l'un orphelin vivant parmis les moines bouddhistes, l'autre qui n'a jamais revu son père après le 17 avril et qui passa de dures années dans les rizières.

Centre Bophana de Ressources audiovisuelles
Tuol Sleng, photographies des prisonniers
Les Cambodgiens auront-il leur Nuremberg ? (Article de Marianne)
Coté littérature, le Portail de François Bizot (Article de Lire)

samedi 17 février 2007

Deux petites bandes-annonces pour la route...

...en espérant que Morphée et courage rédactionnel viennent me trouver par la suite, voici la moisson des distractions de mes recherches.

Pour célébrer le programme du CAPES d'anglais qui met à l'honneur cette année ce chef d'oeuvre qu'est Orgueil et Préjugés (hélas dans sa version cinématographique Joe Wrightienne, personne n'est parfait), voici M. Darcy et Elizabeth Bennet, revisités à la sauce excellente d'Harry Potter.



Choix des images et montage impecables, on y croirait presque à cette rencontre des personnages de Jane Austen et JK Rowlings! Je salue dans les choix de la distribution Dumbledore en M. Bennet et McGonagall en hystérique Mama Bennet.
Et pour Lisso, sache que cette personne a eu la bonne idée de récidiver avec la BA de Stranger than Fiction/Harold Crick ! pas mal du tout quad tu vois qui remplace Emma Thompson :)

Last but no least, un petit retour sur la carrière de Cate Blanchett née pour jouer les reines et souveraines intraitables dans un de ses rôles clés, Elizabeth. Le film est rempli d'anachronismes et d'inexactitudes historiques mais avec une telle voie suave, Cate n'a pas de mal à convaincre qu'elle incarne une monarque impitoyable.